Ceci est mon corps

Ceci est mon corps

Jean-François Beauchemin

Language: French

Pages: 128

ISBN: 2764405944

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


Par l'auteur de La Fabrication de l'aube - Prix des libraires 2006

Qui était l'homme derrière Jésus de Nazareth et qu'est-il advenu de lui? Étonnamment, c'est dans les bras d'une femme que nous le retrouvons ici, fragile devant la mort, mais nullement brisé. Au contraire…

Ceci est mon corps n'est ni plus ni moins que « l'aveu d'un homme que rien n'exauça mieux que l'amour », qu'une troublante confession que Jean-François Beauchemin nous convie à écouter au fil de ces pages bruissantes des murmures de la terre, et dans lesquelles est célébrée presque à chaque phrase la beauté tragique du monde.

Finaliste au Prix littéraire du Gouverneur général 2008 - Catégorie Romans et nouvelles

Titulaire d'une mention d'excellence au Prix du Roman 2008 des Écrivains francophones d'Amérique

Dans la nuit tiède de l'Orient, un vieil homme murmure à sa femme mourante, plongée dans l'inconscience, des paroles sur le temps qui passe, le doute, l'amitié, la douleur, les enfants, le hasard, l'amour. Un singulier dialogue à une voix s'établit là, dans le halo d'une lampe, où se traduisent tout à la fois un extraordinaire sentiment de vivre et l'infinie tristesse des destins qui s'achèvent.

Cet homme, on le déduira bientôt, s'appelle Jésus de Nazareth. Survivant à la croix romaine, il a vécu pendant plus de cinquante années auprès de Marthe, la sœur de son meilleur ami, Lazare de Béthanie. Jusqu'à cette nuit ultime, il n'avait guère parlé de lui-même, des événements l'ayant conduit au supplice, de la pensée foudroyante qui l'avait fait, à trente-trois ans, se détourner de Dieu. Mais l'heure n'est plus au silence ou, plutôt, l'heure est venue d'opposer au silence de la mort une parole serrant de près cette vie qui s'enfuit.

Stanley Park

Emancipation Day

Clara Callan

Late Nights on Air

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais ma vue baisse : le ciel par moments devient flou, et j’ai confondu il y a trois jours encore sur l’établi le marteau et le maillet. L’autre jour, non loin d’ici, un enfant de quatre ans est mort des suites d’une fièvre. J’ai assisté à son agonie, que j’ai peut-être adoucie par mes soins et mes paroles. Tu meurs de vieillesse, et cependant je crois que tu n’étais pas plus préparée que cet enfant à fermer les yeux pour toujours. Les années passent, et nous croyons à la fin avoir tout appris

d’elles. On se trompe au moins sur une chose : nous ne savons rien de cette tâche bizarre à laquelle nous sommes tous assignés, que personne ne maîtrise, et qui consiste à mourir. On trouve l’existence brève, on voudrait que le temps s’arrête. C’est un rêve banal, parce qu’il ne sera jamais qu’un rêve. Il faudrait, pour calmer notre agitation, autre chose que ce prodige impensable. J’ai voulu éperdument d’une vie où le temps serait non pas suspendu mais accepté, et que cesse l’espèce de discorde

entre un corps et le monde qui le délaisse, et à laquelle nous réduisons trop facilement le vieillissement. Mais je n’aurai pas trouvé la quiétude que je cherchais. C’est la plus grande des injustices de l’âge : que l’expérience n’ait sur nos impuissances qu’une emprise si faible. Et je me trouble encore de ce que même l’expérience ne nous apprend pas l’essentiel. On rêve davantage vers la fin. Nos nuits plus que jamais brûlent de ce feu étrange que les songes entretiennent, et le sommeil, qu’on

m’ont semblé d’une tristesse plus pleine quand je les ai entendus de la bouche d’une mère assyrienne. La prière même du prêtre égyptien remuait en moi une cendre prête à revivre. À Lutèce, j’écoutais les pêcheurs commenter les prises qu’ils faisaient dans le fleuve étroit. Jamais poissons n’eurent à mon oreille de noms aussi évocateurs. En Numidie, un bédouin m’enseigna tant par le geste que par la parole l’art délicat de fabriquer des flèches. Je n’ai retenu de sa leçon que le lyrisme

J’observais ces habitudes nouvelles, ces vêtements inconnus, ces constructions que n’avaient pas dictées nos nécessités, ces façons même de suivre différemment, sur la terre, la marche uniforme du soleil. Le ciel avait été muet. Le monde discourait sans cesse. Je renouais avec lui les alliances anciennes, celles dont l’enfance avait dû s’écarter au profit des systèmes plus compliqués de l’âge adulte. On ne revit pas, bien sûr, les premières années de la vie. On ne peut que se tourner vers elles.

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