Comment va la douleur?

Comment va la douleur?

Pascal Garnier

Language: French

Pages: 91

ISBN: 2843043778

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


On ne saurait dire pourquoi l’univers de Pascal Garnier nous est si proche. Pourquoi il nous envoûte avec des histoires plutôt simples, des personnages a priori ordinaires et malmenés par la vie, des mots familiers et des silences qui le sont encore plus.

Ainsi Bernard, crétin solaire qui pose sur le monde un doux regard écarquillé. C’est ce qui séduit Simon, le cynique et élégant Simon, « éradicateur de nuisibles » en préretraite, autant dire tueur à gages au bout du rouleau. La rencontre a lieu à Vals-les-Bains. Et le hasard fait bien les choses : Simon a de l’argent, et Bernard, tout son temps. Il sera son chauffeur pour sa dernière mission…

Avec affection, on range les romans de Pascal Garnier au panthéon de nos auteurs d’atmosphère. Entre Simenon et Hardellet. Entre tendresse et cynisme, réalisme et humour désenchanté. Dans Comment va la douleur ? on retrouve cette façon si singulière et si attachante qui comme un miracle réjouit le cœur et fait du bien à l’âme.

Figure marquante de la littérature française contemporaine, Pascal Garnier avait élu domicile dans un petit village en Ardèche pour se consacrer à l’écriture et à la peinture. Il nous a quittés en mars 2010. Peintre d’atmosphère alliant la poésie d’Hardellet à la technique de Simenon, styliste du détail juste, il excelle dans la mise en scène des vies simples, celles du voisinage, des souvenirs d’enfant, des je me souviens qui tissent nos mémoires. Mais chez Pascal Garnier, ce beau calme des banlieues de l’âme et de l’époque prépare toujours d’effroyables orages, avec froissement de tôles et morts en série…

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sonnerie retentit. Monsieur Marechall bondit sur Bernard et l’entraîna par le coude. — On fout le camp ! Dans l’escalier ils bousculèrent le gardien hébété qui balbutiait : � Qu’est-ce qui se passe ?… Qu’est-ce qui se passe ?… » Le passage de l’ombre à la lumière les fit tous deux chanceler. C’est presque à l’aveuglette qu’ils retrouvèrent la voiture et s’y engouffrèrent. — Démarre, merde ! Démarre !… Bernard cala deux fois avant de pouvoir engager l’auto dans le flot de la circulation.

prétentieux ! Vous vous plaisez ici ? — Ça va. — Vous êtes avec madame votre épouse, je suppose ? — Euh… oui, mais avec mon patron aussi. Ma femme est au pressing et mon patron se repose. — Ah… Vous allez penser que je suis bien curieuse, mais vous faites quoi dans la vie ? — Chauffeur. — C’est bien ! Vous devez en voir du pays !… Moi je suis taxidermiste, enfin, à la retraite, c’est pour mon plaisir. — Taxi… C’est un peu comme moi, non ? — Non ! Taxidermiste, je naturalise les animaux

tout. — T’as jamais pensé à en faire quelque chose de cette boutique ? — Non. Qu’est-ce que j’y vendrais ? — Je sais pas, moi… Mais dans une ville à touristes, y a toujours des choses à vendre. Ça s’emmerde, le touriste, alors ça achète. — Faut croire que non, sinon ma mère serait millionnaire. — Elle a peut-être pas trouvé le bon truc ? — Peut-être. Derrière la vitre embuée les voitures sillonnaient la nationale, pareilles à des fantômes gris. Dans les assiettes quelques frites tordues

empoisonnée. Elle ne sentait pas bon et peignait ses ongles en noir, des griffes de bête. S’il avait été un chien, il l’aurait mordue. Bernard s’adossa à la pierre chaude, retira chaussures et chaussettes et agita ses doigts de pieds dans le sable gris. À cet endroit les galets formaient une sorte de cuvette dans laquelle l’eau reprenait son souffle avant de continuer sa course l’écume aux lèvres. Des libellules sillonnaient la surface et parfois on pouvait voir une truite tourner en rond dans

chose, homme-grenouille, aviateur, pompier, agriculteur. Bernard, lui, n’avait jamais trouvé son élément. � Qu’est-ce que tu veux faire dans la vie ? — Je sais pas. » À la fin de la troisième qu’il avait atteint comme par miracle, presque en passager clandestin, on l’avait orienté parce qu’il n’était pas doué pour les études. Boulangerie, coiffure, mécanique, plombier… Il était d’accord pour tout, seulement rien ne marchait. Il avait beau faire des efforts, plisser le front, ça ne rentrait

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