IdentitéS (Autoportrait IX)

IdentitéS (Autoportrait IX)

Herménégilde Chiasson

Language: French

Pages: 28

ISBN: 2:00345387

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


La femme lisant dans le vent, peut-être attend-elle quelqu’un qui ne viendra pas, quelqu’un qu’elle cherche dans ce livre qu’elle serre entre ses mains. Tremblante et tragique, sans doute accomplit-elle une prophétie inéluctable, une fuite dont les courbes s’inscrivent dans les lignes du métal, dans la blancheur aveuglante du béton faisant contraste au foulard noir qu’elle a noué sur ses lunettes et qui lui fouette le visage. Le reste de ses vêtements fait corps étroit avec elle, le temps s’écoule sublime, la lumière se perd en elle et le livre qu’elle tient l’excuse du monde des vivants.

«IdentitéS» est le neuvième d’une série de douze ouvrages intitulée «Autoportrait», publiés au rythme d’un par mois en 2014. Chaque ouvrage répond à une consigne singulière et son titre débute par une lettre du prénom de l’auteur.

De ce projet inusité, l’auteur dit «[…] l’armature du texte était de prendre mon nom, qui a douze lettres, de le décomposer sur douze mois. Douze, c’est un chiffre mystique aussi […].»

The Curse of the Viking Grave

The Bigger Light (The Toronto Trilogy, Book 3)

Luck

Fauna

Le Second Violon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

toute vie n’est qu’un cercle qu’il faudra reparcourir à l’infini, comme les feuilles, les cours d’eau, le vent et les nuages. La femme à la tunique noire et à la tête rasée s’explique avec un condisciple devant le comptoir des viandes. Leurs habits identiques me laissent à penser qu’ils doivent faire partie d’une secte. Je trouve la scène incongrue, car il me semble que les entreprises de contrôle sur l’âme se doublent toutes d’un contrôle sur le corps qui interdit la consommation de viande. Les

cas. Pas plus que du jeune homme au plastron de smoking impeccable, ni du travailleur de la construction qui enlève ses lunettes pour se reposer les yeux, ou de la vieille femme qui pousse péniblement sa marchette devant elle. Le monde leur est égal. Ils savent où ils vont et cela rassure et intimide à la fois de constater autant de désinvolture dans cette écriture indolente qu’ils accomplissent si allègrement. L’homme au crâne rasé a une énorme tache de naissance à la base du cou. Il porte un

Laurie ou la vie de galerie, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2013 [2001]. Pierre, Hélène & Michael suivi de Cap Enragé, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2012. Avec Louis-Dominique Lavigne, Le cœur de la tempête, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2011. Le Christ est apparu au Gun Club, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2005. Aliénor, Moncton, Éditions d’Acadie, 1998. L’exil d’Alexa, Moncton, Éditions Perce-Neige, 1993. En collaboration L’événement Rimbaud, avec Gérald Leblanc et

autochtones qui ont eu le malheur d’être assis au soleil sur le trottoir au moment où il passait. L’homme – j’allais dire le policier, car il est difficile de faire abstraction de la fonction – semble insensible aux deux malfaiteurs, qui s’acharnent à lui expliquer les circonstances de leur délit. Il écrit, imperméable à leurs doléances et à leurs récriminations. Il détache la feuille jaune d’un document en plusieurs copies, la leur remet puis fait vrombir les boyaux de sa machine tandis que les

fidèle à lui-même, à ses idées, à ses rêves, par quel effort il a réussi à faire fi du temps et de sa fuite. La femme assise dans l’escalier a des cheveux qui lui recouvrent tout le dos, telle une toison où se mêlent des reflets d’or, d’ocre et de noir qui donnent à la scène une opulence biblique. Sa chevelure se détache contre une surface de béton. Vue d’en haut, la scène donne l’impression d’une fusion étrange entre cette texture filamenteuse et légère, et la dureté d’une surface faite pour durer

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