Il est venu avec des anémones

Il est venu avec des anémones

Lyne Richard

Language: French

Pages: 62

ISBN: 2:00350604

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


Dans ce recueil de nouvelles, Lyne Richard aborde une obsession qui lui est chère : l’eau. Une mer ici pleine de désespérance, remplie d’un siècle et demi de douleurs et d’amours naufragées. Divisées en deux parties, les «acteurs» et les «scènes», les vingt et une nouvelles qui composent ce recueil vous transportent dans un écosystème où les travers humains sont exacerbés par un habile chant choral aux accents poétiques. L’auteure sait résolument installer une atmosphère à la fois étonnante et inquiétante dans un lieu qui n’est pas sans rappeler le Griffin Creek d’Anne Hébert.

Roses-sur-Mer est un bien étrange coin de pays. On pourrait même dire que cette petite localité en bordure de l’eau est un personnage en soi tant elle exerce une influence sur le comportement de ses résidents, estivants ou permanents. Selon la croyance populaire, on dit même que « la mer sort ses couteaux la nuit et vient trancher les cordes vocales de ceux qui n’ont plus assez de mots pour la douleur. »

C’est donc dans ce terreau fertile en rebondissements que le lecteur fait la rencontre de personnages singuliers, à commencer par la figure emblématique de Rose, décédée mystérieusement en juillet 1846, et qui serait peut-être à l’origine de la malédiction. Pas de répit donc pour ces bonnes gens aux destins entrecroisés. Car qui dit petite ville dit aussi absence de vie privée…

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Confidences en trompe-l'œil

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

de sel et de vie. Ici, à Roses-sur-Mer, elle passe pour une Marie-Madeleine moderne, indépendante et insouciante. Les gens l’évitent et ne connaissent rien d’elle, de son passé et ne veulent rien savoir de ces visites étranges qu’elle fait chez les villageois. Elle défie le paysage, comme le premier rosier il y a un siècle et demi. Elle s’étend sur le pont pour se sécher. La nature l’a pourvue d’une peau foncée, et ses seins, de grosseur moyenne, sont ronds et pleins avec des aréoles couleur de

moment où les mains conservent jalousement dans leur creux la sensation exacte du geste ? La satisfaction de vous savoir à distance. Vous ne connaissez pas mes yeux pochés du matin, l’odeur de mes aisselles dans la canicule et l’infinie tristesse qui s’étend dans le regard certains jours où je trouve l’humanité dérisoire. À l’heure où un désir m’allume en fixant l’âme aux tentures de la nuit, vous dormez bien au chaud seul ou avec une elle que je ne connais pas. Vous êtes hors de ma soif. En

mémoire s’effondrent, je voudrais que celui-là tombe le premier. En même temps, je souhaite le garder, je souhaite qu’il me meurtrisse à jamais, pour qu’à jamais soit allumée ma mémoire d’elle, comme un cierge. Léa se tenait bien droite sur un morceau de glace à la dérive. Elle était nue. Des mètres d’eau me séparaient d’elle. J’ai voulu avancer, je me souviens d’avoir fait le geste ridicule de rentrer le bas de mon pantalon de pyjama dans mes bas de laine. Elle a levé la main pour dire non. Et

sauf une grande table blanche avec cinq chaises et cinq assiettes bleues. Et un bouquet des roses rouges du rivage en plein milieu. Elle les a fait venir à quelques minutes d’intervalle. Pour mieux étudier leurs regards quand ils la verraient. Ils ont tous la même réaction, exprimée à des degrés différents : ils pensent qu’elle a le cancer. Aucun ne lui dit qu’elle est belle. Elle a pourtant ce quelque chose dans le regard. Ce qui fait qu’on a appris la vie et qu’on veut régler ses comptes. Ils

et Pierre d’un côté. Son père et Gabriel de l’autre. Le vin délie leur langue et leur fait perdre leur belle politesse. Christian parle déjà de son départ. Il ne comprend pas du tout pourquoi elle l’a invité. Il se sent mal à l’aise. Après tout, il l’a plaquée pour une autre quelques années auparavant. Mais elle a tellement insisté au téléphone. Et puis il n’y a qu’elle pour préparer le rôti de bœuf comme il l’aime. Pierre rit. Dissimule son embarras derrière un grand discours sur la vie. De

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