La Fabrication de l'aube

La Fabrication de l'aube

Jean-François Beauchemin

Language: French

Pages: 63

ISBN: 2764404565

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


Un homme qu’on dit condamné et qui tente de se faire à l’idée. Une réflexion sur la vie avant, mais surtout après la maladie. Parce que, contre toute attente, il semble qu’il y aura un après. Voici l’histoire d’un homme que les médecins ont littéralement refabriqué et qui a dû, lui aussi, se refaire une vie, à la mesure de ses nouvelles ambitions. Que changeriez-vous si on vous disait que demain est l’heure de votre mort ?

C’est presque malgré lui que Jean-François Beauchemin a écrit ce livre. Malgré lui surtout parce qu’on ne choisit pas la maladie. C’est plutôt elle qui nous choisit. Sans complaisance ni apitoiement, l’auteur de Turkana Boy nous livre ici, dans la prose poétique qu’on lui connaît, ses réflexions éclairantes sur la vie, les valeurs, la famille et l’amour. Éloge de la vie plus que crainte de la mort donc, ce récit autobiographique est ni plus ni moins que l’histoire d’un retour. D’un retour imprévu et d’autant plus heureux.

C’est un livre que j’ai écrit presque malgré moi, sans doute parce que je tremble à la simple évocation des faits que j’y raconte. Cependant, une petite voix intérieure me disait : « Mais oui, écris cette histoire. Ce sera le point final, ta façon d’avoir le dernier mot sur ces événements terribles. » Mais je sais aujourd’hui que la mort seule mettra le point final à cet épisode de ma vie si fondateur, si semblable à une naissance douloureuse. Jamais, je crois, je n’aurai été aussi complètement athée que maintenant, à présent que le souvenir de ce fatidique été 2004 s’évanouit peu à peu. Et pourtant, j’aime comme jamais cette image du Christ, figure mythique de tous les hommes, portant une croix, tombant, puis se relevant et marchant vers une vie autre.

Jean-François Beauchemin

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tardivement, à l’âge de cinq ou six ans, à bord de la plus que vénérable poussette qui nous avait tous véhiculés dans nos premières années. L’événement avait été mémorable en ce que j’avais, en cours de promenade, défoncé par mon poids les amortisseurs et déclenché aussitôt chez ma sœur un rire gigantesque dont l’écho se fait encore entendre chaque fois que nous évoquons cet incident. Une autre nuit, j’ai vu en rêve tomber sur ma sœur encore le décor d’une pièce de théâtre montée par elle dans

important de l’année, celui où l’ardeur renouvelée du soleil rejoint, puis devance la puissance des ténèbres. Autrefois, dans mes dessins d’enfant, j’ai très souvent représenté ma sœur comiquement affublée d’une coiffe de pharaon, au milieu d’un décor rappelant un palais ou quelque pyramide. Peut-être faudrait-il voir dans ces premières formes de récits une intuition très forte de ce qu’allait incarner Christiane dans mon existence : un équinoxe, le symbole vivant d’une obscurité sans cesse

le ventre des appareils, enjamber les reliefs de ce monde. Ce désir inflexible d’étreindre la terre comme pour en cuber le chatoiement, la disparité et la meurtrissure n’a pas fini de m’émouvoir. Au total, mon frère aura donc été cela pour moi : l’incarnation d’une indispensable hauteur d’esprit et de cœur qui trouvait son expression la plus forte dans un lien attentif avec les gens de cette planète. Quel bagage rapporte-t-on de ces périples répétés vers les nations des hommes? J’aimerais

et ses étoiles le récit des existences humaines : quelque chose là-haut nous ressemble, que nous reconnaissons par cette sorte de collier que composent entre eux les astres, sublimant ainsi les limites du feu qui les anime. De ma fenêtre, je vois le jour qui baisse peu à peu sur la campagne. Il me faudra tout à l’heure caresser le dos de la chienne, lui ôter un peu du poids de la nuit qui vient. Plus tard, quand les étoiles auront commencé leur ouvrage au-dessus de notre maison, j’irai m’asseoir

Le corps ayant manifestement joué pour moi le rôle d’un canot de sauvetage, je ne suis plus sûr à présent de la suprématie de l’âme. J’ai longtemps cru au pouvoir libérateur de cette enjôleuse. J’avais eu pour elle des fêtes excellentes : j’ai fumé à sa gloire des kilos de marijuana, croyant ainsi l’élever vers de plus hautes zones. Je me souviens également de m’être aventuré jusqu’en Arizona, dans les gorges du Grand Canyon, croyant voir dans les strates mauves et orangées la preuve millénaire

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