La force de l'âge

La force de l'âge

Simone de Beauvoir

Language: French

Pages: 529

ISBN: B009VV3U8S

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


Vingt et un ans et l'agrégation de philosophie en 1929. La rencontre de Jean-Paul Sartre. Ce sont les années décisives pour Simone de Beauvoir. Celles ou s'accomplit sa vocation d'écrivain, si longtemps rêvée. Dix ans passés à enseigner, à écrire, à voyager sac au dos, à nouer des amitiés, à se passionner pour des idées nouvelles. La force de l'âge est pleinement atteinte quand la guerre éclate, en 1939, mettant fin brutalement à dix années de vie merveilleusement libre.

Junky

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trouvai dans mon casier un mot envoyé par la femme d’un camarade de captivité de Sartre ; elle m’indiquait sa nouvelle adresse. Je pâlis. � Kranken-Revier, Stalag XII D. » J’avais cessé de m’inquiéter pour lui, et voilà qu’il était à l’infirmerie, atteint peut-être du typhus, peut-être en train d’agoniser. Je passai tout de même au théâtre, pour dire qu’on ne comptât pas sur moi. Tissen qui savait l’allemand me confirma que Sartre était à l’infirmerie. Je pris le métro pour tenter de voir la

dénonciations, leurs appels au meurtre comme des crimes aussi impardonnables que les activités d’un Darlan. Des peurs, des colères, une impuissance aveugle ; c’est sur ce fond que mon existence se déroulait. Mais il y avait aussi des flambées d’espoir, et jusqu’alors je n’avais pas directement souffert. Je n’avais perdu personne de très cher, de très proche. Sartre était revenu de captivité ; ni sa santé n’était altérée ni son humeur : impossible de traîner auprès de lui des heures mornes. Si

cesse de la fuir. Des phrases qui m’avaient paru creuses, j’en ai découvert intimement la vérité : il faut accepter de mourir quand il ne reste aucun autre moyen de sauver sa vie ; la mort n’est pas toujours un absurde accident solitaire : parfois, elle crée avec autrui des liens vivants ; alors, elle a un sens et elle se justifie. Un peu plus tard, j’ai cru avoir fait l’expérience de la mort et savoir qu’elle n’était exactement rien ; je cessai quelque temps de la redouter, et même d’y penser.

chaque promenade était un objet d’art. Je me promettais d’en garder, à jamais, un glorieux souvenir, et, dans le moment même où je les accomplissais, je me félicitais de mes exploits ; l’orgueil que j’en tirais me contraignait à les renouveler : comment accepter de déchoir ? Si par indifférence ou caprice j’avais renoncé à une course, si je m’étais dit une seule fois : � A quoi bon ? » j’aurais ruiné tout le système qui haussait mes plaisirs au rang d’obligations sacrées. Souvent, dans la vie,

décidée pour la position des communistes ; aux élections de mai, ils perdirent trois cent mille voix ; Sartre n’avait pas voté : rien ne pouvait nous écarter de notre apolitisme. La victoire alla au cartel des gauches, c’est-à-dire au pacifisme : même les radicaux-socialistes travaillaient au désarmement et au rapprochement avec l’Allemagne. La droite dénonçait avec emphase l’ampleur prise par le mouvement hitlérien : il nous semblait évident qu’elle s’en exagérait l’importance puisqu’en fin de

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