Le Chant des poissons rouges

Le Chant des poissons rouges

Micheline Morisset

Language: French

Pages: 58

ISBN: 2764403038

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


À l’occasion du décès de leur ancienne amante, deux hommes se remémorent, chacun à leur façon, leur relation commune avec cette femme. Louise, Grégoire et Francis constituent ce triangle amoureux. Un à un, les souvenirs remontent à la surface et permettent aux lecteurs de pénétrer le territoire de l’intime, là où les secrets sont bien gardés.

Pour son premier roman chez Québec Amérique, Micheline Morisset nous propose une histoire d’une touchante intériorité qui exprime nos soifs et nos vertiges amoureux. Un portrait actuel rythmé par une écriture tout en finesse et en poésie.

Un jour, parmi fleuve, brume et sable, trois êtres se croisent. Et la vie n’est plus pareille. Louise, Grégoire, Francis. Croire au meilleur. Y consentir. Superposer les regards, ouvrir les bras plus grand. Déplacer les vies maigres qui s’atrophient, qui quittent la route, faute de rires et d’étoiles. Louise, Grégoire, Francis. Ne rien se promettre, tout espérer. Croire que le temps jamais n’altérera la part de mystère qui rendait le quotidien envoûtant.

Mais une nuit, les bras se referment sur le vide. Les jambes en fuite, le cœur un peu ailleurs, rivé aux blessures de l’enfance, on se quitte pour le besoin de se retrouver seul, pour la folie d’un autre regard ou la beauté rieuse d’un coin de soleil sur une terre loin de tout. Et l’on se refait la peau.

Puis les souvenirs se mêlent, s’édulcorent. Pas complètement. Voilà qu’un matin, on ouvre le journal; un avis de décès fait remonter à la surface l’essentiel de nos vies. Alors on se dit qu’on a jamais cessé d’aimer, que nos histoires les plus tenaces sont celles où on a vibré.

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fermés, abandonné à la légèreté, tout entier à son propre rythme comme en train de se veiller, tranquille. Louise avait aimé observer Francis onduler sous la musique. La musique avait aussi été un abri pour elle, une part de volupté, un prétexte à un doux délabrement. Elle tenait ça de sa mère. Louisette dansait. Pour tout. Pour s’absoudre de son sang, de ses désirs, de sa rage, pour les jours qui tombent et ceux qui ne s’épuisent jamais, pour les images inquiètes, envahissantes, pour la folie

raison quand elle soutenait que deux dangers, l’ordre et le désordre, menaçaient le monde. Il aurait dû lui avouer qu’elle avait souvent vu juste. À l’instant même, il regrette de s’être tu. — Bach, c’est pas si mal, joué par toi. — Oh la la ! tu veux vraiment que je t’aide, toi ! À vrai dire, Francis avait assidûment admiré la culture musicale de Grégoire, il se désolait que ce dernier ne joue plus du piano autant qu’avant. Des bribes du passé ressurgissaient, des scènes du temps où ils

pièce, la clef, le nombre de dièses. Il acquiesçait, cela se lisait à la douceur sur son visage. Images de pain, de mie tendre. Pure provocation pour Louise que cette parfaite harmonie à quatre mains, que cette entente familiale ! Francis, à ses côtés, lui tenait le bras, essayait du regard de la garder au chaud, se souvenant que, dans la famille de Louise, même la confiture laissait dans la bouche un goût âpre. C’était dimanche, elle pouvait enfin fermer les fenêtres qui couinaient parfois

limite du figuratif que Louise a transposés. Si l’on s’attarde, on peut discerner au loin le corps d’une femme accoudée, on croirait, à un rocher. À moins qu’elle ne le soulève, à moins qu’un éclair ne le transperce jusqu’à l’eau. La perspective se meut, fondue dans un magma de couleurs comme si ne comptaient que ces pigments, que cet éclat, que ce plaisir de se sentir dépossédé. Ils se tiennent là, tous deux, sans mots. Il n’y a rien à dire. L’œuvre souveraine, bruissante d’échos, recouvre la

pareil état. Plus tard, quand on a rangé les meubles d’une autre manière dans les pièces et espacé les verres sur les tablettes des armoires, on constate que la nuit s’entête à demeurer froide. La faim, la soif supplient encore. On ferme les yeux et le bruit renaît. En fait, il avait toujours été là, mais on travaillait trop à colmater la brèche pour l’entendre résonner. Il existe vraiment une musique de la séparation et si l’on force la note légèrement, elle peut ne jamais nous quitter. Parfois,

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