Le Palace

Le Palace

Claude Simon

Language: French

Pages: 127

ISBN: 2707302341

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


« Une ville républicaine en guerre, Barcelone sans doute, dont on croit reconnaître la place de Catalogne. L'observateur est immobile, le plus souvent dans la chambre d'un palace abandonné, en compagnie d'un Italien, d'un instituteur, d'un Américain. La présence de la guerre est donc saisie indirectement par des signes, fusils, portraits d'hommes politiques, slogans, un enterrement qui passe, tout cela revenant, enrichi à chaque fois, de détails inaperçus auparavant, comme un manège qui tourne et ramène, obsédant, les mêmes images terribles. » (La Nouvelle Revue française, juin 1962)

Le Palace est paru en 1962.

The Thief's Journal

The Charterhouse of Parma (Oxford World's Classics)

Trio (French Literature)

The Girl with the Golden Eyes (The Art of the Novella)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

statues) met genou à terre à la vue de la petite croix qu’il élève dans sa main droite et désigne de son index gauche pointé (à moins que ce ne soit à la vue des arquebuses, des lances et des épées dégainées du groupe de soldats couverts de plaques de métal qui se tient un peu en arrière de lui) tandis que des matelots arc-boutés contre le flanc d’une chaloupe achèvent de tirer celle-ci au sec : la découverte, le baptême, la fondation d’une ville, de centaines de villes aux identiques avenues de

tympans pressés par le tumulte de son sang derrière lequel, de très loin, lui parvenaient les bruits), l’intérieur du restaurant constitué non pas comme notre univers ordinaire de vide peuplé çà et là d’objets, de meubles, d’êtres humains, mais d’une sorte de même et unique matière doucement lumineuse et beige clair englobant de vagues nodules rouges (les banquettes), blanches (les nappes) et noires (les habits), épaisse, résistante, et où il allait être condamné à se mouvoir en force (d’où

s’agiter, ridicule et présomptueux, là-bas, très loin, comme dans le petit bout de la lorgnette, gesticulant, répétant éternellement à la demande de la mémoire (et même sans sa demande : faisant irruption sans même y avoir été invité, comme ces acteurs, ces cabots de cinéma morts et oubliés depuis belle lurette et toujours prêts à faire revivre sans fin sur l’écran scintillant la même stupide scène de séduction ou d’héroïsme, ouvrant la porte au signal du régisseur, s’avançant, souriant, levant

saccades, le même carrousel de tramways ferraillants, peinturlurés (mais plus les deux sévères triangles accolés, le sceau rouge et noir : bariolés maintenant aux couleurs de marques d’apéritifs ou de lessives, tapageuses, criardes, mercantiles, sans aucune autre fonction qu’attirer l’œil, comme des robes ou des maquillages de putains : rien que tapageuses, rien que criardes) avec les mêmes grappes de types efflanqués et cosmétiqués, aux pantalons élimés (mais ils avaient aussi une veste à

par dépit de femme repoussée ou ignorée : froidement professionnel – le genre de propos qu’échangent deux salariés qui travaillent dans des branches à peine différentes de la même spécialité), le garçon ne paraissait pas l’entendre quoique quelque chose d’imperceptible se produisît, émanant de lui (sans que l’on eût pu dire au juste comment : son visage toujours impénétrable, son corps toujours attentif, disponible), comme un furieux et laconique assentiment : autour du poignet terreux la manche

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