Le Petit Pont de la Louve

Le Petit Pont de la Louve

Jean-François Beauchemin

Language: French

Pages: 43

ISBN: 2:00342935

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


Mathilde n’est pas jolie du tout. Heureusement qu’il y a Canif, son serpent, pour la guider dans sa redécouverte de soi… et du monde.

Dans son quatrième roman pour adultes, Jean-François Beauchemin aborde la thématique de la différence et, qui plus est, celle qui est visible. Avec sa plume inventive et imagée, il fait le récit du parcours singulier d’une jeune fille en proie aux tourments propres à sa condition.

Mathilde porte une jolie robe bleue, elle a un sacré caractère et des oreilles si grandes qu’elle se trouve désastreusement moche. Pour apaiser son tourment, ses parents lui proposent d’adopter un animal de compagnie. Contre toute attente, Mathilde optera pour un serpent. Cet ami interminable, silencieux et un peu mystérieux deviendra vite son confident le plus sûr. Mieux encore, il renouvellera son regard sur le monde et lui fera découvrir une chose importante : la liberté. C’est-à-dire le contraire de la tyrannie. La tyrannie de l’apparence physique, bien sûr, mais aussi celle de la vieillesse, de l’attachement, du corps et de quelques autres choses encore.

Cette histoire est avant tout un éloge de l’amitié, source de réconfort, de joies nombreuses et, parfois même, de redécouverte de soi.

La Louve blanche (Docteure Irma, Tome 1)

Communion

The Friends of Meager Fortune

Disparues sous le signe de l'infini

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

légumes pilés, graminées réduites à rien, bouillies, purées, yogourts et autres vomissures. Je leur recrachais tout à la figure. J’ai encore gueulé, craché, vomi, pissé. � Mais peut-être aussi cette adorable petite chose attend-elle seulement qu’on lui jette un quartier de bœuf à la tête �, avait nerveusement ajouté papa, les cheveux collés sur le front, de la purée plein les lunettes. Le soir, à bout de forces, n’y croyant plus, maman m’a tendu un morceau de banane. Miracle ! Comme c’était

main-d’œuvre qualifiée, quoi. Des infusions, pfft ! J’ai pensé : � Ce poison, ça le tuera ! � C’est là que j’ai eu l’idée. J’ai dit : � Bon, allez, mon vieux. Je déguerpis. � Et j’ai déguerpi. Crève-t-on rapidement après l’absorption d’un poison ? Je crois en tout cas que la recette de mon élixir garantissait une mort assez expéditive. Au sous-sol, l’atelier de mon père pullulait de trésors. Pour quiconque désirait trépasser, il suffisait de choisir parmi les dizaines de pots rangés sur les

disais-je, désespérée, chaque fois que j’apercevais mon reflet dans un miroir, une vitre ou dans les lunettes de papa. À cause de ça, je sanglotais tout le temps. Pourquoi m’avait-on muni la tête de machins aussi énormes ? � Comme la vie est injuste ! � me répétais-je à tout bout de champ. Et je braillais, je braillais. Un soir, monsieur Moucherolle est venu chez nous. Savait-il que, même à un âge si peu avancé, je comprenais déjà le langage des adultes ? En tout cas, il m’a prise sur ses genoux

finissait par lui sortir par les trous, d’ailleurs son nez aussi semblait tapissé d’une sorte de gazon. Avec le temps, les vieillards se métamorphosent peu à peu en végétaux. Ça se comprend : je n’ai jamais vu monsieur et madame Moucherolle bouffer autre chose que des purées de légumes, pouah ! Je suis restée longtemps à regarder madame Moucherolle. Par moments, elle avait un regard de saint-bernard à la fourrière. Je pensais : � Qu’est-ce que ce serait pour moi, quand je commencerais à devenir

maison. Ça m’a tellement dégonflée que sur le coup j’ai voulu me suicider. Puis j’ai pensé à papa et à maman et je me suis dit qu’il fallait d’abord sortir ce maudit reptile de là. Accroupie devant le trou, j’ai appelé, sifflé, hurlé, supplié, cent fois je lui ai donné l’ordre de revenir, à cette sale bête. Mais rien à faire : au loin on entendait sa peau écailleuse qui glissait le long des couloirs métalliques. C’est curieux à dire, mais ce n’est qu’à ce moment-là que je me suis aperçue d’une

Download sample

Download