Le Temps qui m'est donné

Le Temps qui m'est donné

Jean-François Beauchemin

Language: French

Pages: 100

ISBN: 2:00342934

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


D’un côté, il y a un père bricoleur grand amateur de Bach, de l’autre, il y a une tribu de six enfants (cinq garçons et une fille), tous nés à un an d’intervalle, et entre les deux, une mère qui brûle systématiquement le roastbeef. Voilà les principaux acteurs de ce roman qui raconte le quotidien d’une famille bigarrée et qui s’intéresse à cette formidable «course à relais générationnelle» qui fixe l’identité des individus.

Laissée pour compte par un père pas très doué pour la communication, la tribu constituée de Jacques, Christiane, Pierre, Jean-François, Jean-Luc et Benoît, n’a d’autre choix que de chercher la vérité avec les moyens du bord et d’appréhender le réel en « masse compacte ». La force et la cohésion du groupe face à un homme seul crée chez ces êtres espiègles le goût de faire les choses autrement, à suivre d’autres chemins que celui qui leur est tracé. C’est grâce à l’un des membres de cette sympathique tribu – témoin on ne peut plus privilégié de la mécanique familiale – , qu’on a accès au processus de la «mue» de l’enfance à l’âge adulte par un regard à la fois rétrospectif, introspectif, mais surtout tendre sur la filiation.

Cockroach

Oréalité

Dagmar's Daughter

Anne of the Island (Anne of Green Gables series, Book 3)

Anne of Avonlea (Anne of Green Gables series, Book 2)

Effigy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

toujours, essuyant ses mains savonneuses sur son tablier, ma mère arrivait et, au nom de notre jeunesse encore extrême, mettait fin aux arguments de mon père. Notre accablement ne cessait pas : humiliés mais pas vaincus, nous baissions le volume du pick-up. Un jour ou l’autre, la culture, les capacités mentales vaincraient. Nous savions cela. Le temps passait. Des hommes avaient marché sur la lune. Nous chauffions notre soupe au four à micro-ondes. Mais nous étions encore tenus d’assister à la

Elle nous connaissait mieux que quiconque. Nous nous efforcions pourtant de presque tout lui dissimuler : nos mensonges, nos faiblesses secrètes, notre aléatoire bravoure, notre ardeur parfois honteusement calculée. En réalité notre vie auprès de maman était faite de mutuelle finesse, d’une intuition lucide qui nous épargnait de part et d’autre toute nécessité de confidences ou d’explications. Et nous découvrions que cette espèce de cohésion muette s’appelait l’amour. Il y avait non loin de chez

hommes ont de la sortie de leur enfance un souvenir qu’elle ne mérite pas : ils se la remémorent comme une chose triste, une reddition. Tel que prévu, cette sortie n’eut rien pour nous d’une bataille perdue. Il fallut bien sûr nous habituer à deux ou trois choses difficiles. Nous ne trouvâmes plus tout à coup cette trace légère que laissent au bout des jeunes doigts les rêves effleurés de l’enfance. Nous nous surprîmes un moment de ne plus voir dans les jeux d’autrefois qu’une diversion de plus :

gens-là, c’était précisément parce qu’ils me ressemblaient. Je fréquentais l’étudiant ambitieux, auquel l’inexpérience conférait une assurance excessive mais touchante. Je m’approchais de l’homme vieux, penché sur le monde et sur sa vie, jetant rétrospectivement sur tout cela un regard d’architecte ou de démolisseur. J’étais obsédé par l’amoureux brisé qui n’avait pas prévu connaître si tôt la fin de l’amour. Je reconnaissais l’artiste occupé du mélange de ses couleurs, sûr de son talent, mais se

douceur valait mieux que ma simple patience. Nous étions selon les jours tous les deux simultanément paisibles, inquiets, pensifs, affairés. Et cependant elle ne partageait pas mon goût pour la gravité, pour ses dangers et les mystères qu’elle révèle à propos de l’âme. Je ne crois pas, par exemple, que les livres que je devais écrire plus tard l’attirèrent beaucoup. Ces pages dans lesquelles je tenterais de restituer du moindre objet humain un reflet à peu près juste la troublaient trop pour

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