Les Faux Fuyants

Les Faux Fuyants

Monique Larue

Language: French

Pages: 96

ISBN: 2764415397

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


Roman des années 80, Les Faux Fuyants de Monique LaRue n’en demeure pas moins actuel par les thématiques qu’il exploite : l’éclatement de la famille, le désespoir causé par l’absence presque totale de communication et la fuite vers l’avant.

Voici donc un «road-livre» intense. Tout est dit avec le langage des tripes, de l’implacable vérité et des illusions perdues. À travers leur violence autodestructrice, les personnages de ce roman trahissent leur profonde insécurité. À lire ou à relire, pour le plaisir d’être secoué par une écriture qui va au fond des choses.

Klaus et Élodie, jumeaux complémentaires, partent à la dérive sur les routes du Québec, dans le vague même de leurs destins, à la poursuite d’un rêve – ou d’une autre face de la réalité. Animus et anima flottant dans leur innocence (ou dans le vide laissé par la fuite du père et l’alcoolisme de la mère) jusqu’à ce que la vie s’empare d’eux et les entraîne chacun de leur côté.

Dans ce roman hanté par la bisexualité et par la figure du double, les personnages, fuyant leur ombre pour mieux l’embrasser sans doute, agissent sans comprendre, tenus à distance d’eux-mêmes, à distance aussi de la mort et de la folie, qui les menacent à chaque page. Ils «ont perdu le nord», et pourtant c’est vers le Nord qu’ils se dirigent pour tenter de conjurer la malédiction du chiffre deux, chiffre du couple. Les mots qui les font apparaître sur la page chevauchent les «deux langues», grincent et sonnent rauque, en écho au vaste nowhere qu’est cette vie de «faux fuyant» que nous propose la société moderne.

Conceit

Alice Munro (Early Canadian Poetry Series - Criticism & Biography)

Nicole Brossard: Selections (Poets for the Millennium)

Anne's House of Dreams (Anne of Green Gables, Book 5)

Exit Lines

Prairie Ostrich

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mère n’est plus ici depuis longtemps, n’attendez rien d’elle. Je l’ai bien connue, elle m’a beaucoup aimée, vous savez, je l’ai beaucoup aimée, enfin passons. Elle est partie. Elle s’en est sortie, au prix d’efforts inhumains, comme on dit. Ne la cherchez pas. Je lui ai indiqué où aller. Je ne reçois jamais de nouvelles d’elle. Je lui ai interdit de m’écrire. Qu’elle se détache. C’est moi qui lui ai montré comment faire pour ne plus penser à vous, à votre sœur — Élodie, je crois. Ne cherchez pas

Nourriture strictement défendue. Il y en a qui passent la journée à dormir, on les comprend. Tricotent. Se font bercer par des infirmières en blanc. J’en ai vu une qui buvait un biberon Playtex, une autre qui suçait son pouce couchée en foetus dans un lit, décapotage de décapotage. Personne ne crie, ça donne plutôt un fond de lyrage comme accompagnement, ça fait penser à Élodie-Mélodie, ma belle. Aucune n’a les cheveux gris. Elles passent leur journée en robe de chambre, en traînant leurs savates

Manger. Boire. Voilà justement une brasserie. Décorée en nutty-pine naturel-naturel. Des lampes de catalogne vieux Kébec. Quelque tapisserie macraméesque au mur probablement de brique. Voilà de quoi faire le plein sur le vide de tout ça, le plein d’essence, de bière, de liquide avalé tout rond dans l’atmosphère chromée, l’éclairage au néon, la musique ambiante. Je stationne. Je retire la clef. L’Econoline tressaute un moment encore. Je sors. Il pleut. 20 Par contre, à l’autre bout de cette

ou trois dollars au Surplus d’armée de la rue Craig. Et alors, elle s’est mise à charger, chanter, changer, dans son micro, Clarisse. Plutôt sa voix. Sa voix. Je dois dire, liquide, sa voix s’est malgré moi glissée par les oreilles, infiltrée, coulée, ruisselée, étroite, jusqu’au creux de mon corps si vide, même si c’est bien la dernière chose que je veux au monde, me laisser envahir, pénétrer par une voix, des yeux noirs qui me regardent dans la fumée d’une brasserie, et des mots, des mots

visage, tapoté les joues avec un de ces petits mouchoirs à l’eau de Cologne qu’ils donnent dans les brasseries ou les Bar-B-Q, et que les filles comme Clarisse et Élodie ont toujours dans leur sacoche ou à quelque part. Elle a dit : � Attends. Essaie de toffer un peu encore. Arrête de boire tant que ça. On va te faire venir un café. Il reste encore une heure de show à faire, c’est tout. On va se dépêcher, attends. Tu peux pas t’en aller comme ça, t’es bien trop saoul. � Alors le déluge a pu

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